L’actualité est au décumul des mandats dans le secteur public. Le secteur des intercommunales s’est avéré être une nébuleuse, dans laquelle tout le monde s’y perd un peu… sauf celles et ceux qui s’y retrouvent très (trop) bien ! Leur intérêt dans ces structures, qu’ils ont souvent organisées, ne va-t-il pas à l’encontre de l’intérêt général ?

Ce qu’a révélé le dossier PUBLIFIN, c’est qu’il importe, avant tout, de réduire le nombre de mandats, en réduisant le nombre de structures Le dossier Ores est lui aussi éclairant : cette intercommunale est composée de 7 intercommunales de financement, ce qui en fait de loin la plus grosse intercommunale de Wallonie.

Durant longtemps, le seul argument contre des rationalisations/fusions fut l’ancrage au territoire. Mais cet ancrage n’est pas incompatible avec une fusion. Ce qui est modifié, en cas de fusion, c’est simplement le nombre de mandats politiques.

L’avantage ? Mieux encadrer les administrateurs restants, en leur donnant les moyens d’assumer leur mission de contrôle de l’exécutif.

Garder autant de mandats qu’actuellement (5738 mandats, dont 3875 mandats rémunérés, selon « Rapport d’analyse du cadastre des intercommunales et organismes supra-locaux en Région wallonne ») ne se justifie ni en terme économique, ni en terme d’intérêt général, ni dans l’objectif de développer un service public efficace et abordable.

Gérard Couronné (MR), bourgmestre à Genappe, disait en séance publique qu’il faudrait maintenir les comités de secteur (ancien CA des intercommunales de l’énergie fusionnées en 2013), « même à titre gratuit ». Ce faisant, il avouait que sa présence dans ces comités de secteur ne représentait pas, pour lui, une véritable charge de travail.

Plus tard, ces comités de secteur seront remplacés par un service local. Tout laisse à penser que ces comités de secteur étaient peu utiles et servaient principalement à créer des mandats rémunérés.

Le modèle « Ores » d’une croissance soutenue, modèle défendu par sa direction actuelle, est nécessaire pour soutenir la politique de dividendes (et la rémunération de ses cadres). Quel serait le bilan financier d’Ores si elle faisait face à une réduction de la demande de 20 à 30% ces prochaines années tel que prévu ? Ores serait actuellement virtuellement en faillite.

Ores se bat pour la croissance de l’entreprise (via son directeur en particulier). C’est une magnifique fuite en avant ! Alors qu’ils savent très bien que le modèle est révolu et qu’il va devoir s’adapter aux nouvelles donnes du marché.

Quel serait le modèle d’Ores de demain ? Une structure organisée autour d’objectif vertueux : accès à l’énergie pour tous, réduction de la facture de consommations, développement des énergies renouvelables (avec les communes, qui bénéficieront des recettes liées à ces énergies).  Cela n’a pas été fait ces dernières années ou de manière anecdotique. On a communiqué largement sur quelques initiatives sans les systématiser et au final, on a  appauvri le consommateur et les pouvoirs publics par un manque d’initiative publique.

Une structure régionale ?

Au vu de tout cela, il faudrait peut-être mettre en place une structure publique gérée par les régions (comme pour l’enseignement), pensée autour d’un modèle économique qui rend possibles les objectifs de 2020, 2030, 2050 (en intégrant le financement de la transition énergétique, et des objectifs de réduction du coût de la facture du consommateur et d’amélioration de notre compétitivité).

Dans un rapport de 2006, l’OCDE annonce la convergence des réseaux : eau, gaz, électricité, télécom. L’OCDE montre les tendances à l’horizon 2030, mais la Wallonie ne va pas dans cette direction.

Pourtant, les structures collaborent entre elles pour coordonner les chantiers (par exemple, pour essayer de ne pas ouvrir 4 fois la même voirie, la même année). Une nécessaire concentration de ces métiers est donc souhaitable, à tous les niveaux. En Wallonie, on en est loin. Très loin. Chacun de ces secteurs essaye de préserver ses propres structures, et donc ses propres directions, ses propres directeurs et les rémunérations qui vont avec, souvent dans des commissions paritaires (ces commissions sont historiquement justifiées, mais aujourd’hui, on peut constater que les rémunérations dans ces secteurs sont bien au-dessus des moyennes dans les secteurs privés ou concurrentiels, un cadastre de toutes les rémunérations dans le secteur public et dans les filiales privées est maintenant nécessaire).

Dernier exemple d’une fusion à contre-courant, l’IBW (économie et déchet) et l’IecBW (gestion de l’eau potable) : ces structures du Brabant wallon essayent de justifier une fusion discutée dans la précipitation, sans étude externe menée pour rechercher les restructurations les plus efficientes… Cette consolidation serait-elle organisée en vue de préserver de nombreux mandats (inutiles) ? 11 vice-présidents… est-ce bien nécessaire ?

L’avantage unique à ce stade, c’est que l’IBW ne distribue pas de dividendes et utilise ses ressources financière pour accomplir ces missions, cette non-distribution de dividendes est une économie réelle pour le consommateur des services de l’intercommunale dont les services pourraient coûter jusqu’à 8% de plus s’il fallait distribuer, comme chez ORES, un dividende de 5%. Espérons que la fusion de l’IBW maintienne cette politique de non-distribution de dividendes.

Pour réussir ses obligations européennes, la région doit repenser le transport et la distribution de l’énergie (et des autres secteurs liés : télécom, eau, etc.). C’est l’intérêt général qui doit prévaloir, et non un modèle axé sur « la croissance ». La région devrait peut-être aborder le modèle Publifin/ RESA sous un autre angle : Ils y ont développé une vision industrielle intégrée du secteur énergétique. La gouvernance y est perfectible, c’est évident, mais ils ont développé de la valeur ajoutée dans la production et la fourniture d‘énergie, ce que le reste de la Wallonie (via ORES/Electrabel) a totalement abandonné aux acteurs privés (alors que c’est là que se trouve la valeur ajoutée du futur, tout le monde le sait dans le secteur)…

La presse de ce jeudi 6 juillet le confirmait : « Un audit stratégique, économique et financier du groupe Publifin fait état d’une gestion satisfaisante du groupe, rapportent L’Echo, Le Soir et les titres Sudpresse qui ont consulté le rapport de 249 pages rédigées par un cabinet d’avocats en collaboration avec des professeurs d’université. »

(Source : RTBF. A lire aussi dans L’Echo)

Publifin semble avoir anticipé, alors que le reste de la Wallonie a abandonné le développement des énergies renouvelables – et par là son indépendance énergétique – aux mains de quelques acteurs privés (majoritairement étrangers).

A ce stade il semble nécessaire de mettre en place une commission pour développer une stratégie énergétique en Wallonie, qui intègrerait une réflexion sur les secteurs régulés par le pouvoir public : le secteur de la distribution et du transport (ORES/RESA) et tous les petits réseaux dans le secteur de l’énergie.