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A la suite du scandale Publifin, le cas d’Ores a été abondamment discuté dans les médias. Un élu, Jean-François Mitsch a soulevé un certain nombre de questions, depuis son conseil communal (Genappe) jusqu’à l’Assemblée d’Ores Assets, en passant par une audition au Parlement, en présence de la direction de l’entreprise.

Bon nombre de questions restent sans réponse, et la campagne « Toute la lumière » s’est mise en place, sous la volonté de citoyens, des consommateurs et des élus, pour faire toute la lumière sur la gestion publique de l’énergie en Wallonie. En même temps, cette campagne est une force de propositions de réformes pour orienter la politique énergétique vers l’intérêt général et plus uniquement vers des intérêts privés.

La récente publication du « Rapport d’analyse du cadastre des intercommunales et organismes supra-locaux en Région wallonne » (juin 2017, commandité par la Région wallonne) vient renforcer les questions posées par la campagne « Toute la lumière ».

Dans ce rapport, Ores a le deuxième plus mauvais score pour le critère « Management public » au sein du secteur juste après Publifin. Ores perd des points sur les variables « Contrôle démocratique », vu les 2 niveaux de filiales avant d’atteindre Ores Assets (et la confusion avec ORES scrl, filiale de la première). Et à cela se rajoute le fait qu’Ores scrl a également des filiales, et que ses Fonds propres (Comptes 10 à 15) sont inférieures à 50% de son total passif (variable « Indépendance financière »).

-10 en « Finances publiques » pour Ores Assets, c’est l’intercommunale la plus mal classée ! C’est précisément sur les finances publiques que Jean-François Mitsch a alerté les ministres Lacroix et Dermagne, ainsi que les élus. Le rapport confirme bon nombre de ses questions, alors que l’administrateur délégué s’époumone à justifier le contraire depuis des mois.

Et les 7 Intercommunales pures de financement qui composent ORES sont elles aussi pointées du doigt dans le rapport, de la page 18 à la page 24, les clignotants sont au ROUGE !

Ores Assets perd principalement des points sur sa gestion de l’argent public. Ainsi, Ores Assets présente des rémunérations du capital (dividendes sur résultats) les « moins bonnes du secteur », dixit le rapport.

On sait que les administrateurs d’Ores se défendent en disant que les pouvoirs publics n’avaient pas le choix sur le rachat des 25% du réseau à Electrabel pour 431M (et pas 410 comme annoncé), qu’ils étaient obligés d’acheter, quels que soient les dividendes, à cause d’accords antérieurs, etc. Messieurs Grifnée et Desama ont répété, devant le Parlement, que l’investissement n’aurait pas d’impact sur les revenus des pouvoirs publics. Le rapport ne semble pas confirmer cela : sa durée d’amortissement globale est trop longue (20 ans). Ce qui fait encore plus chuter la cote d’Ores Assets en matière de « Finances publiques ».

On le voit, l’intérêt des questions posées par Jean-François Mitsch et la campagne « Toute la lumière » est confirmé par ce cadastre des intercommunales. Des doutes sur la gestion d’Ores, en termes de finance et management, sont légitimes.

Comment Ores arrivera-t-elle à récupérer un jour son investissement ?

Un scénario est avancé par ORES : une entreprise chinoise aurait fait des offres pour entrer au capital d’ORES (tout comme pour Eandis en Flandre). Selon nous, cette entreprise chinoise n’aurait comme seul objectif que de placer ses compteurs intelligents et de s’assurer une présence sur le marché par cette participation stratégique (2). Il est donc nécessaire de fixer les profils d’un futur actionnaire dans ORES Assets !

Par ailleurs, une logique de croissance continue pour soutenir la distribution de dividendes ne se ferait, selon notre analyse, qu’au dépend de la facture croissante des consommateurs. Celle-ci est déjà proportionnellement bien trop lourde et handicape les consommateurs.

Pour réussir la transition énergétique, il faut plus que jamais changer de modèle économique et intéresser les acteurs à réduire la consommation (ce qui n’est pas possible s’ils ont un intérêt au bénéfice lié à l’augmentation des consommations et des prix). Une situation schizophrénique pour les pouvoirs publics qui devront adopter ce modèle économique d’ici 2019 et l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs négociés pour le moment avec le régulateur (Cwape) !

La question est donc de savoir qui va négocier et sur base de quelle finalité d’intérêt général: l’entreprise privée ORES scrl via sa direction ? Ou les intercommunales, véritables actionnaires publics ?

Et pour qu’il y ait des actionnaires intéressés d’investir dans ce secteur en pleine « mutation », il faut que la Région fixe une réelle feuille de route, ce qui n’a pas été fait jusqu’à maintenant…

Annexes :

(1) Le rapport est consultable via ces liens :

Partie 1 (méthodologie, contexte et analyse globale)

Partie 2 (résultats en tableaux et clignotants):

(2) A propos de l’investissement d’une entreprise chinoise dans l’énergie belge :

« Les Chinois sont très pragmatiques. Ils ont énormément de choix et peuvent investir partout« , selon le président de la Chambre de commerce, Bernard Dewit.

L’image de la Belgique a pris un sacré coup avec les attentats du 22 mars dernier. « Cela s’améliore, mais remettre ce deal en question donne une très mauvaise impression. »

Pour Bernard Dewit, les craintes suscitées par la lettre ne tiennent pas. « Ils n’auront pas la majorité (on parle d’une participation de 14%, NDLR). Je ne vois pas le danger. »

Développement des réseaux intelligents

La State Grid Corporation of China est un acteur de premier plan dans le cadre du programme chinois de développement des réseaux électriques intelligents qui court de 2011 à 2015. Sur cette période, l’entreprise a annoncé investir 400 milliards de dollars pour l’ensemble du réseau électrique, dont 100 milliards spécifiquement destinés aux réseaux électriques intelligents. L’objectif est d’installer 300 millions de compteurs communicants d’ici 2015 contre 36 millions en 2011.

À la fin de l’année 2011, la SCGG menait 238 projets-pilotes de réseaux intelligents à travers la Chine en vue de résoudre les problèmes techniques et de développer de nouveaux systèmes de gestion.